Les requins mangeurs d’hommes, mythe ou réalité ?
Requin-taureau (Carcharias taurus)

Les requins mangeurs d’hommes, mythe ou réalité ?

Les requins mangent-t-ils les hommes ?

En réalité, les requins “mangeurs d’hommes”, tels que décrits dans des fictions comme les « Dents de la mer », ne sont qu’un mythe, un fantasme. Il n’existe pas de requin qui se nourrirait sur l’homme, encore moins qui se spécialiserait sur cette « proie », ou qui prendrait du plaisir à consommer un homme. Néanmoins, il arrive, même si c’est extrêmement rare, que des grands requins mordent l’homme pour se nourrir : comment cela s’explique-t-il ? Nous allons essayer d’y répondre. 

Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe au Monde, chaque année, une centaine de morsures de requins sur l’homme, dont une minorité (5 à 10 %) qui sont fatales. En fait, toutes les morsures (non-fatales en priorité) ne sont pas déclarées, donc on peut imaginer qu’il y en a en réalité le double environ, soit 200. Et sur ces 200, 95 % ne sont ni mortelles, ni motivées par la prédation, à savoir que les requins ne cherchent pas à se nourrir sur l’homme, même s’ils le mordent. En fait, ces animaux ont peu de façon de « s’exprimer » et la morsure reste leur moyen d’expression… Le plus facile !

Vous noterez au passage, je ne parle pas d’attaques » mais de « morsures », car le mot « attaque » a une connotation négative et suggère que l’animal veut du mal à la proie, ce qui n’est pas le cas, même si c’est pour la dévorer… Il s’agit juste de se nourrir !

Les cas les plus graves et parfois mortels

Pour ce qui est des morsures mortelles, rappelons dans un premier temps que sur approximativement 200 attaques par an, seules en moyenne 10 attaques sont mortelles. 90 % de ces « attaques » sont perpétrées par seulement quatre espèces : le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), le requin-tigre (Galeocerdo cuvier), le requin bouledogue (Carcharhinus leucas) et le requin océanique (Carcharhinus longimanus). Il est probable qu’il s’agisse d’individus particuliers qui agissent par contrainte ou nécessité. Par exemple, parce qu’ils n’arrivaient plus à se nourrir sur des proies difficiles à capturer, s’ils sont blessés par des hameçons dans leur bouche, alors que l’homme est une proie très facile à appréhender sous l’eau.

La plupart du temps, il peut aussi s’agir de requin très audacieux, cherchant à se nourrir, et en quête de nouvelles proies. Audacieux, car l’homme n’est pas une proie classique du requin et ce dernier reste très prudent vis-à-vis de la nouveauté dans son environnement. Il craint même l’homme, bien plus qu’on l’imagine ! Dans ce cas, le requin audacieux va procéder à une morsure « exploratoire », il va mordre pour tester la dangerosité de cette nouvelle proie potentielle que constitue l’homme. Il s’agira d’une morsure superficielle, sans perte de matière, le plus souvent non-mortelle pour la victime.

Néanmoins, la fois d’après, le requin cherchera probablement à se nourrir et mordra plusieurs fois, en emportant du muscle pour s’alimenter et provoquera la mort quasi-systématique de sa victime par hémorragie. 

 

Le requin apprend tout seul...

Après le suivi de certains animaux, il a en effet été observé que les attaques étaient orchestrées par les mêmes individus. Revenons sur le fait que le requin n’a pas de lien entre le parent et l’enfant, le juvénile doit donc survivre par ses propres moyens, c’est donc à lui de découvrir son alimentation, ses propres proies. C’est dans ce contexte que des animaux, qui ont besoin d’être très audacieux, vont oser essayer de se nourrir sur l’homme ; pendant que la grande majorité (>99,9% de leurs congénères, n’essaieront jamais de se nourrir sur un homme). 

Chez certains requins qui vont atteindre une taille supérieure maximale à l’âge adulte qui va dépasser 3 m, il va leur falloir un régime alimentaire incluant de grosses proies, afin que l’énergie dépensée pour la capture soit largement compensée par l’apport énergétique de la proie. En revanche, pour les exceptions ayant goûté à la chair humaine, ils vont avoir tendance à réaliser à nouveau des attaques sur les hommes, et dans ce cas, on rentre dans un cas d’attaque avec perte de chair et donc décès possible.

Pour reprendre le cas de la Réunion et le voir sous un autre angle sachez que pour une attaque de requin bouledogue sur un homme, il sera effectué une chasse au requin appellé chasse « punitive » qui tuera essentiellement plusieurs requins tigres : si vous arrivez à trouver la logique, merci de me prévenir. Cela fait plus d’un an que je cherche…

Je ne cherche pas de conflits aux Réunionnais, car je sais à ce que l’on entend dans l’hexagone, que vous êtes nombreux localement à vouloir protéger les requins. Je pense qu’en analysant un peu plus les attaques via plus de moyens mis en place, il suffirait probablement de s’organiser pour éviter les heures et les conditions où la probabilité d’attaque est la plus importante.

95 % de morsures sont superficielles et non fatales.

95 % de morsures sont superficielles et non fatales.
Hormis les très rares morsures à but alimentaire que nous venons de décrire, la grande majorité des morsures sont non-mortelles et relèvent de la responsabilité de l’Homme. La morsure de territorialité arrive lorsque l’homme pénètre sans le savoir sur le territoire d’un requin qui va le mordre pour le faire fuir, comme le ferait un chien dans son jardin. La morsure de compétition arrive lorsque le pêcheur blesse un poisson que le requin veut manger et il mord l’homme pour défendre sa proie (essayez de prendre les croquettes dans l’écuelle de votre chien en train de manger et vous verrez ce qui arrive !).

La morsure de défense arrive lorsque le requin se retourne contre un homme qui lui veut du mal, en essayant de le pêcher par exemple (que feriez-vous à la place du requin ?). La morsure de confusion arrive quand l’homme nourrit le requin à la main et que ce dernier mord la main du plongeur en pensant qu’il s’agit de l’appât habituel (Doit on vraiment nourrir des animaux sauvages à la main ?). Bref, dans tous ces cas, le requin est souvent présenté comme un agresseur, alors qu’il est une victime de l’ignorance, la bêtise, la convoitise, etc. de l’Homme !

Une hypothèse erroné

Selon une étude, il faut savoir que l’hypothèse “le requin attaque l’homme, car il pense voir une otarie” est fausse. Le requin blanc (entres autres) va avoir tendance à foncer sur sa proie depuis le fond pour assommer celle-ci avant de revenir pour la manger, or vous ne verrez jamais un surfer faire un bond de 5 m avant de se faire mordre.

Lors des attaques sur les hommes, cette espèce de requin réalise une attaque à l’oblique, car sa vision de face est mauvaise, en revanche de coter, il voit légèrement mieux lui laissant le bénéfice du doute.

En conclusion

La quasi-totalité des attaques sont provoquées et les rares cas où il y a une prédation sur l’homme, sont réduits à 5 à 10 morts par an, lorsque la noix de coco en tombant de arbres en fait 130, le serpent 1000 et nous pouvons citer une grande partie du règne animal. 

A contrario, plusieurs centres de plongée dans les îles se sont développés sur le plan hôtelier et restauration notamment grâce a la plongée avec les requins sans aucune attaque en l’espace de 50 ans. En espérant avoir été convaincant, l’équipe de lepeaubleu souhaite que vous regardiez les requins d’un autre œil. Afin de mieux les comprendre, vous pouvez nous poser des questions. 

Vous pouvez aussi consulter cet article, qui vous explique les différentes menaces auxquelles font face les requins actuellement dans le monde et notre part de responsabilité pour comprendre qui est le réel danger pour l’autre entre les requins et les hommes. Vous pouvez aussi consulter cet article qui traite des débats que peuvent provoquer les accidents qui concernent les requins.

Sources :

Nos principales sources pour écrire cet article sont les recherches du Dr Eric Clua (spécialiste des requins au seins du CRIOBE.). Il nous a aidé et accompagné pour écrire cet article.

Par ailleurs, si vous souhaitez compléter ces explications, vous pouvez écouter sa conférence qui décrit les différents types de morsures, à l’école vétérinaire de Nantes :

Matteo Maurel

Je suis un jeune ayant fait des études d'aquariologie, passionné des requins, ayant travaillé avec certaines espèces en aquarium, avec comme objectif de changer les mentalités.

La publication a un commentaire

  1. Loys COURTOIS

    Bravo ! J’ai trouvé ton article très enrichissant, très documenté, et il fait changer les idées reçues sur les requins ! Merci aussi pour la conférence du Dr Eric Clua que j’ai trouvé passionnante.

Laisser un commentaire