De la peur à l’admiration, l’image des requins à travers les cultures
requin longimane (Carcharhinus longimanus) crédit : Lords of the ocean

De la peur à l’admiration, l’image des requins à travers les cultures

A la croisée des chemins

Les requins nous font peur, ce n’est pas nouveau… Cependant, il faut remonter le temps bien plus loin que les dents de la mer pour comprendre cette peur. Tout commence lorsque le premier historien appelé Hérodote (env. 484-425 av. J. -C.) disait déjà que les requins étaient des « monstres marins » (oui, partant de là ce n’était pas gagné). Et comment ne pas douter quand le premier historien (et déjà à son époque, les anciens l’appelaient le père de l’histoire) parle à mal des requins? Nous savons par certains écrits et notamment l’Art de la Guerre (-500 avant j. C) que déjà dans le chine féodale les requins étaient pêchés afin de réaliser des armures plus solides. Ce qui signifie que déjà à ce moment, il y avait des pêches et des interactions (pas forcément positive) avec les requins.

L’origine du mot requin vient de requiem qui était le chant funèbre. Avec le temps, requiem est devenu requien et enfin le mot que nous connaissons tous aujourd’hui.

Requin longimane (Carcharhinus longimanus) crédit : Lords of the ocean

L'art et les requins

Pour ce qui est de l’art, il faudra attendre le 8e siècle, en effet, sur un vase a été découvert ce qui peut s’apparenter à une attaque de requin. On retrouve aussi le dessin d’Olaus Magnus qui montre une attaque de requin dans son œuvre Historia de Gentibus Septentrionalibus (histoire des peuples du Nord) imprimée à Rome en 1555. Niveau peinture, ce n’est que bien plus tard que viendra le tableau de John Singleton Copley (1738-1815) présentant une attaque de requin dans un tableau nommé Watson and the shark exposé en 1778 à l’académie royale. Ce tableau relate l’histoire d’un jeune homme appelé Brook Watson qui se fit attaquer par un requin lorsqu’il nageait dans le port de La Havane en 1749. Par la suite, il réussit à se hisser hors de l’eau non pas sans payer le prix de son pied-droit et devint un marchand et homme politique britannique.

Les croyances positives

Au-delà du côté histoire, il y a le côté géographique qui est aussi très intéressant, en effet, souvent associé à l’agressivité et la férocité, le requin est considéré dans d’autres civilisations comme un être bénéfique. Ainsi, dans la symbolique Tahitienne, le requin est associé à la sagesse. Chez les Maoris, il évoque un guide bienfaiteur du marin égaré et chez les Polynésiens, il représente la fécondité et l’incarnation ultime de l’âme. Pour les indigènes des îles Salomon, le requin est habité par les âmes des morts. Ils l’honorent par des sacrifices. Le prêtre-requin sacrifie un cochon par étouffement durant ses prières. La viande est ensuite cuite, découpée et consommée sous forme de partage entre les requins et les indigènes. Ces derniers vont dans l’eau à leur rencontre et les caressent.

 Pour eux, il n’y a pas d’espèces de requins, mais un requin. Tous les individus sont désignés comme Le requin. De mémoire d’homme, aucun indigène n’a été blessé. Quant aux Polynésiens, il représente l’incarnation ultime de l’âme, un Dieu (Kauhuhu) vivant dans une caverne. Au Vietnam, on retrouve des petits autels en l’honneur de Ca Ong « Seigneur des poissons » qui n’est autre que le requin-baleine (Rhincodon typus). Nous avons fait un peu d’histoire, un peu de géographie, cependant au cours du temps ce ne sont pas les seules apparitions de requin, retournons dans la  Grèce antique non pas pour le père de l’histoire, mais pour une autre version.

Requin baleine (Rhincodon typus) crédit : Lords of the ocean

Acheilos (Αχειλος): Esprit de la mer ayant pris la forme d'un requin

Dans la mythologie grecque, Acheilos pourrait se transformer en requin. Il a également déclaré qu’il était plus juste qu’Aphrodite. Dans l’Iliad, Acheilos a sauvé Ajax de la mort, mort qui a été décrétée par la déesse Athéna. Acheilos a finalement été tué par elle et son pouvoir a ensuite été accordé à Poséidon. Acheilos était le fils de Lamia, elle, elle n’est pas très connue alors petit récapitulatif, c’est la fille de Bélos et de la reine de Libye, Lamia était la très belle reine de Phrygie et fut aimée de Zeus, mais elle est devenue méchante parce qu’au lieu de faire un pierre-feuille-ciseau avec Héra qui voulait aussi Zeus, celle-ci trouva une punition particulièrement originale pour Lamia.

 La déesse condamna la jolie femme à toujours avoir les yeux ouverts, du coup, elle ne parvint plus à abaisser ses paupières, ni à masquer son regard. À partir de ce jour, elle devint incapable de trouver le sommeil. Zeus qui avait compris, parce qu’il écoutait aux portes, décida de donner le don à Lamia de retirer ses yeux de ses orbites (on ne juge pas, c’est un pouvoir comme un autre). Historiquement parlant, elle servait de croque-mitaine aux mères grecques qui menaçaient ainsi leurs enfants lorsqu’ils n’étaient pas assez sages. Zeus est le père de notre homme requin, c’est un certain barbu qui se transforme en aigle et qui fait mumuse avec des éclairs (pas ceux au chocolat).

requin bouldogue (Carcharhinus leucas) et Benji (Benjaminus lairus) crédit : Lords of the ocean

Le Samebito : Homme requin

Cette fois-ci, nous partons pour le Japon, loin des sushis, Makis et cerisiers en fleurs, nous nous intéressons au Samebito, l’histoire débute lorsque Tawaraya Totaro, qui est un jeune homme, se balada un soir sur le pont de Seta, quand d’un seul coup, surgit devant lui un être effrayant aux corps d’homme dont la peau était noire, ayant une tête de requin à barbe de dragon (pourquoi pas), dont les yeux étaient verts comme des émeraudes.  Alors qu’il pensait être dévoré, Totaro fut surpris de voir la créature parler et lui demander l’aumône, car elle avait faim et soif. 

Totaro lui demanda son histoire et le Samebito accepta de lui raconter. Il avait été chassé de la cour de Ryujin, un des Rois Dragons des mers, pour une faute ridicule et depuis, il errait. Totaro possédait un lac dans son jardin (qui se trouvait près du lac Biwa en fonction des sources) et il lui proposa de s’y installer. Ainsi, le Samebito pourrait se nourrir des poissons y vivant, son errance prenant fin (on ne prendra pas en compte le fait que le requin soit dans un lac). Le Samebito accepta et put vivre tranquillement, touché par la bonté de Totaro qu’il désigna désormais comme son maître. Cependant, les choses furent différentes pour Totaro, qui désespérait de ne pas trouver une femme à épouser.

Il finit par rencontrer et tomber amoureux de Tamana qui était la fille d’un homme cupide (comme dans toutes les histoires). Totaro alla trouver cet homme, mais comme pour tous les prétendants, il refusa d’accorder sa main sans une somme de dix mille pierres précieuses. N’ayant pas cette fortune, ni ne pouvant la trouver, Totaro était désespéré (en plus il a pas de lampe avec un génie bleu), allant jusqu’à se laisser mourir de faim. Un jour qu’ils péchaient sur le pont où ils s’étaient rencontrés, tout en buvant du vin (entres autres), les effets de l’alcool finirent par se faire sentir. Le Samebito se rappela de sa vie d’avant auprès des dragons et en fut nostalgique, Totaro pleurant de son côté sur sa situation.

Attristé par ses pensées et par l’état de Totaro (et aussi parce qu’il se descendait la bouteille tout seul), le Samebito se mit lui aussi à pleurer et ses larmes de sang rejoignirent celles de son bienfaiteur. Quand elles se rencontrèrent, les gouttes se transformèrent en rubis par dizaines. Du coup il prépara quelques sacs bien remplis qu’il présenta au père de Tamana, qui lui accorda la main de sa fille. Donc Totaro put trouver l’amour de sa vie (grâce à l’argent, il est beau le Japon féodal tient…) et de son coté le Samebito fut pardonné et retourna chez lui après avoir fait des adieux peu virils à Totaro.

Depuis des temps immémoriaux, nous avons peur des requins, cette peur ne viens pas uniquement des dents de la mer qui rappelons le, est une fiction, avec les progrès scientifiques et audiovisuels, nous pouvons à présent démonter cette fausse image du requin tueur d’hommes basé sur la peur de l’inconnue. Nous vous encourageons donc à avoir la curiosité de vous intéresser au roi des océans sans en avoir peur.

requin citron (Negaprion brevirostris) et Bourdi (Jeromas bourdillus) crédit : Lords of the ocean

Matteo Maurel

Je suis un jeune ayant fait des études d'aquariologie, passionné des requins, ayant travaillé avec certaines espèces en aquarium, avec comme objectif de changer les mentalités.

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