Alessandro De Maddalena nous avertit sur la situation alarmante des requins blancs dans le monde
great white shark, Carcharodon carcharias, breaching on seal shaped decoy, False Bay, South Africa, Atlantic Ocean Crédit :Alessandro De Maddalena

Alessandro De Maddalena nous avertit sur la situation alarmante des requins blancs dans le monde

Alessandro de Maddalena

Alessandro De Maddalena est l’un des experts majeurs des requins au monde. Il est chercheur, auteur, illustrateur, photographe naturaliste et chef d’expédition. Il est ‘Dottore Magistrale’ (docteur magistral) en Sciences Naturelles, avec ‘Laurea Magistrale’ (équivalent au Master of Science, M.Sc.) obtenu à l’Université des Études de Milan, grâce à sa thèse sur la présence du grand requin blanc dans la Mer Méditerranée. Pendant ces expéditions, il donne des cours sur la biologie des requins (en Afrique du Sud et Australie) et de l’orque (en Norvège). Il est le conservateur de la Banque de Données Italiennes sur le Requin Blanc, un membre-fondateur du Groupe de Recherche sur les Requins de Méditerranée, un Enquêteur Régional du Global Shark Attack File, et un Ambassadeur d’Undersea Soft Encounter Alliance. Il est auteur de 20 livres sur les requins, 35 rapports scientifiques et 82 articles dans des magazines grand public, publiés dans 18 Nations. Ses photographies et ses illustrations de requins et d’autres animaux marins ont été publiées dans de nombreux livres, revues scientifiques et magazines grand public.

 

Alessandro De Maddalena

Peux-tu nous expliquer ton parcours et cette passion pour les requins ?

Quand j’étais enfant, j’avais une passion viscérale pour les dinosaures. Je rêvais de devenir paléontologue, mais en même temps, j’avais déjà développé un intérêt profond pour les animaux marins actuels, en particulier pour les requins et les cétacés. Vers l’âge de 8 ans, j’eus la chance de voir le documentaire “Uomini e squali” du réalisateur Bruno Vailati, une œuvre incroyablement intéressante, et à cette occasion, je vis mon premier requin blanc sur l’écran. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que c’était l’animal préhistorique auquel je voulais consacrer ma vie… un animal préhistorique qui était encore vivant de nos jours. L’étude des ouvrages par Jacques-Yves Cousteau, Henry B. Bigelow, William C. Schroeder, Henry W. Fowler, Perry W. Gilbert, John E. Randall, Victor G. Springer et plusieurs autres spécialistes de requins fut une partie fondamentale de ma jeunesse, et constituent une base solide pour ma préparation sur le sujet. Ce fut suivi par mes études en Sciences Naturelles à l’Université de Milan. La longue préparation de ma thèse sur la présence du grand requin blanc dans la Mer Méditerranée me donna la chance d’explorer les collections de beaucoup de musées d’histoire naturelle et de collecter une quantités de données qui furent par la suite utiles pour la préparation de plusieurs rapports scientifiques.

Le travail que j’avais réalisé pour ma thèse a continué pendant plus de 20 ans après ça, en constituant la Banque de Données Italienne sur le Requin Blanc, qui est le programme de recherche le plus complet jamais réalisé sur la présence de l’espèce dans la Mer Méditerranée. Tandis que je faisais mes recherches sur la biologie des requins, je commençais à écrire plusieurs livres sur le même sujet. Cultiver ma passion pour le dessin toute ma vie me permit aussi d’illustrer mes publications, mais aussi d’illustrer de nombreux ouvrages pour d’autres auteurs. Avec le début de mes expéditions grand requin blanc en 2010, j’eus aussi la chance d’appliquer ma passion pour la photographie à mon travail, en commençant à prendre des milliers d’images de grands blancs et d’autres espèces, qu’après j’utilisai pour mes livres, mes articles et mes conférences. En 2006, je commençais à collaborer avec l’Université de Milano-Bicocca, en donnant des conférences et des cours, et en 2017, je devins Professeur de Zoologie des Vertébrés pour le cours en Sciences Marines.

great white shark, Carcharodon carcharias, Neptune Islands, South Australia, Indian Ocean Crédit : Alessandro De Maddalena

Tu réalises plusieurs expéditions pour voir des grands blancs en Afrique du Sud, quelles ont été tes premières émotions et réactions face à un grand requin blanc ? Peux-tu nous dire quel est ton meilleur souvenir avec un de ces animaux ?

À chaque fois, je ressens une émotion presque enfantine, un énorme étonnement devant tant de beauté et un sentiment de gratitude pour le fait qu’une si belle créature prenne la peine de venir me regarder. Tout cela, j’essaye avec n’importe quelle espèce de requin, même s’il s’agit d’une petite roussette. Mais avec le requin blanc, l’ordre de grandeur de l’émotion est directement proportionnel à l’aura de majesté que ce prédateur porte avec lui. Ce n’est pas seulement à cause de la taille, c’est quelque chose d’inexplicable. À chaque fois, j’ai le sentiment très fort d’être en présence d’une vraie divinité marine. Mon plus beau souvenir avec ces animaux est une plongée particulière dans la cage spéciale qui descend jusqu’au fond de la mer (qui est utilisée seulement en Australie), pendant un après-midi magique, quand la lumière devenait de plus en plus faible, et les grands requins blancs devenaient de plus en plus nombreux, de grande taille, et venaient encore plus proches de la cage. L’atmosphère préhistorique de ce jour incroyable est toujours imprimée dans ma mémoire comme un rêve.

Comment se passe une journée type lors d'une expédition ?

Elle est différente en fonction de s’il s’agit d’une expédition en Afrique du Sud ou en Australie. En Afrique du Sud, nous sortons en mer très tôt le matin, nous restons en mer environ 4 – 5 heures (ça dépend du site spécifique), nous essayons d’observer les grands requins blancs qui chassent les otaries et nous plongeons dans la cage, puis nous revenons au port à midi ; pendant l’après-midi, je donne des cours sur la biologie des requins en trois langues (français, anglais, italien). En Australie, nous restons tout le temps en mer, nous plongeons dans la cage le matin jusqu’à la fin de l’après-midi, et je donne les cours sur le bateau pendant la soirée. Tout le monde peut nous rejoindre pour ces expéditions et peut plonger dans la cage, il n’est pas nécessaire de parler en anglais ou d’avoir un niveau de plongée bouteille. Cependant, en Australie, ceux qui ont un niveau de plongée bouteille peuvent plonger aussi dans la cage spéciale qui descend sur le fond de la mer.

great white shark, Carcharodon carcharias, Gansbaai, South Africa, Atlantic Ocean crédit : Alessandro De Maddalena

Hors de cette interview, nous avons déjà parlé et j'ai pu voir sur l'un de tes articles que les requins blancs présents notamment en méditerranée avaient été signalés près des côtes françaises principalement dans les années 90, il y en a donc moins qu'à cette période-la, avec ton recul quelle est la situation des grands blancs à l'échelle de la Méditerranée et mondiale selon toi ?

Le moment est terrible. Le grand blanc est en train de disparaître de toutes les mers de la planète. Je pense que les gens n’ont pas la moindre idée de l’urgence de ce moment historique. La protection, très relative, dont l’espèce est le sujet dans plusieurs pays du monde, n’est pas suffisante. La liste des espèces protégées devient de jour en jour plus longue, et avec ça les mesures de protection deviennent de plus en plus insuffisantes. Je pense que nous sommes arrivés au point où, si on arrête complètement les activités de pêche pour une période d’au moins dix années au niveau global, l’écosystème n’arrivera jamais à se rétablir. Pendant les dernières 40 années la population humaine à doublé. Les ressources naturelles ne sont pas suffisantes pour alimenter un tel nombre de personnes. Nous sommes en train de vider la planète. Un changement radical de nos habitudes alimentaires et le contrôle des naissances sont maintenant nécessaires.

Bien qu'il y ait les effets secondaires du Covid, ou peut-on te retrouver en expédition et à partir de quand ?

L’annulation de mes expéditions en 2020 et début de 2021 a évidemment été nécessaire. Mes prochaines expéditions grand blanc auront lieu en avril 2021 en Australie et en juillet 2021 en Afrique du Sud. En Australie, nous allons faire deux expéditions, la première du 6 au 11 avril et la deuxième du 11 au 15 avril et le site sera les Îles Neptune avec départ de Port Lincoln, comme d’habitude. L’expédition en Afrique du Sud sera très spéciale, car du 7 au 13 juillet nous essayerons d’observer les grands blancs sur  les quatre célèbres sites de la région du Cap Occidental, c’est-à-dire False Bay, Gansbaai, Mossel Bay et Plettenberg Bay, pour avoir le maximum de chance d’observer ces animaux merveilleux et dans les meilleures conditions.

great white shark, Carcharodon carcharias, Neptune Islands, South Australia, Indian Ocean crédit : Alessandro De Maddalena

Matteo Maurel

Je suis un jeune ayant fait des études d'aquariologie, passionné des requins, ayant travaillé avec certaines espèces en aquarium, avec comme objectif de changer les mentalités.

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