Le shark-feeding, un sujet sensible ?
Crédit : Serge Melesan

Le shark-feeding, un sujet sensible ?

S’il y a bien une chose qui fâche dans le milieu du requin, c’est le shark-feeding, bien que ce soit interdit en France, c’est une pratique très répandue dans le monde. Le feeding est un sujet assez sensible qui est source de nombreux débats auprès des passionnés de requin et des usagers de la mer des quatre coins du globe. Personne n’est d’accord, certains sont pour et certains sont contre pendant que certains sont mitigés. 

Après l’accident survenu très récemment en Polynésie française où une dame a été mordue le dimanche 17 mai par un requin à la vallée blanche à Faa’a, nous avons décidé d’enquêter et de réunir tous les éléments caractérisant la pratique du sharkfeeding. Quelle est sa place économique ? Quels sont ses impacts écologiques ? Est-ce positif ou négatif pour les requins et les humains ? Quel est l’avis des professionnels sur le sujet ? Le but principal est de vous donner toutes les clés en mains pour vous faire un avis constructif sur le nourrissage des requins.

Le shark-feeding, c'est quoi ?

Feeding d'un requin tigre
Requin tigre (Galeocerdo cuvier) entrain d'être nourris par un feeder. / Crédit : Serge Melesan

Il faut bien commencer quelque part, donc, le shark-feeding c’est quoi ? C’est une pratique qui consiste à nourrir les requins sous l’eau pour les appâter et les pousser à rester sur un site de plongée et d’être assez proche des plongeurs le temps de la plongée. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, non les requins ne sont pas attirés par les hommes, au contraire, ils nous fuient et il est difficile de rencontrer la plupart des espèces sans provoquer la rencontre. De plus lorsqu’une rencontre se fait sans être provoquée, le requin inspecte rapidement le plongeur et disparaît. Le feeding apporte donc une solution à ce problème pour les touristes et les personnes rêvant de rencontrer ces prédateurs, et même dans certains cas d’études scientifiques.

Aujourd’hui le feeding est pratiqué officiellement par presque 400 centres de plongées dans le monde.

Entre business et écologie

Ce qu’il faut savoir c’est que la question du feeding ne concerne pas que nous les passionnés de requin, qui veulent protéger et conserver, d’autres facteurs entrent aussi en jeu, notamment le facteur économique

Au niveau du tourisme, le shark-feeding est un business florissant, des personnes du monde entier se regroupent à certains endroits de notre planète pour être sûr de rencontrer ces incroyables animaux que sont les requins. C’est une question d’offres et de demande, la demande étant assez forte, une offre importante de ce service est proposée car il rapporte des millions d’euros

Le facteur économique est ici en relation directe avec le facteur écologique, d’un côté le feeding pourrait mettre en danger les requins et les usagers des zones concernées, mais d’un autre côté si les requins venaient à disparaître de ces zones des millions d’euros seraient perdus. Donc que ce soit au niveau économique ou écologique, personne ne veut que les requins soient menacés. 

Cette pratique permet aussi à des zones d’être sous protection, car les requins venant avec le feeding rapportent plus que s’ils étaient péchés, si cette pratique était supprimée, ces zones changeraient leurs activités pour compenser la perte de revenu et ces nouvelles activités pourraient être bien plus néfastes aux requins que le feeding.

Les aspects positifs du feeding ?

Requin tigre (Galeocerdo cuvier ) avec un plongeur
Requin tigre (Galeocerdo cuvier) avec un plongeur / Crédit : Serge Melesan

Durant notre enquête, nous avons souligné plusieurs aspects extrêment positif pour les requins avec le feeding quand il est fait de façon responsable.

Premièrement au niveau de l’image des requins, il permet une grande proximité avec ces incroyables prédateurs que sont les requins, cette proximité permet de montrer au grand public et aux plongeurs une image positive de ceux-ci. Il permet de montrer que les requins s’approchent des plongeurs et des humains sans vouloir les “manger” ou les “chasser”. Ces rencontres permettent d’améliorer l’image des requins et de rendre populaire certaines espèces qui jouissent d’une très mauvaise réputation, notamment à cause d’attaques. Nous pouvons citer le requin bouledogue (Carcharhinus leucas).

Deuxièmement au niveau de la protection, d’une part améliorer leur image permet d’inciter les gens à agir pour leur protection, mais d’une autre part comme dit plus haut, le feeding amène les zones concernées à être sous protection et à devenir des sanctuaires marins. On peut prendre l’exemple de Tiger beach aux Bahamas qui est protegé. 

Au niveau économique, dans les zones où l’on pratique le feeding un requin vivant rapporte beaucoup plus d’argent qu’un requin mort, dans ces zones les requins ne sont donc plus péchés et les pêches non ciblées sont beaucoup plus contrôlées. De plus l’argument du tourisme peut être utilisé auprès de certain pays ou certaines régions pour inciter à protéger les requins.

Troisièmement, le feeding permet en instaurant une grande proximité avec les requins de mieux les connaître au niveau scientifique, notamment au niveau comportemental. On remarque que beaucoup de scientifiques fréquentent les zones de feeding et plongent beaucoup avec des feeders pour mener leurs études. 

Les aspects négatifs du feeding ?

Nourrir les animaux n’est pas naturel et provoque forcément des conséquences. Quelles sont ses conséquences ? 

Tout d’abord au niveau des risques d’accident. Il faut savoir que principalement deux pratiques du feeding favorisent les accidents, le feeding à la main et le feeding où les appâts sont placés dans une boîte suspendue en pleine eauDans la première, le plus gros risque est que le plongeur nourrissant les requins soit mordu par accident lorsqu’il donne l’appât. Dans la deuxième il y a plus de risques, la boîte étant suspendue en pleine eau, elle fait remonter les requins vers la surface, ce qui met en danger les plongeurs qui remontent, ils pourraient être bousculé par les requins et même pire. De plus lorsque cette boîte cogne le museau des requins à cause du courant, il y a un risque de voir l’agressivité de ceux-ci augmenter

Pour les autres usagers de la mer, donc les personnes extérieures à la plongée avec feeding, si l’on s’appuie sur les connaissances actuelles, le feeding de requins n’augmente pas les risques d’accident pour les usagers extérieurs à la palanquée, que ce soit des surfeurs, nageurs ou autres.

Ensuite le feeding pourrait modifier le comportement naturel des requins à long terme. Il se peut que les requins associent l’homme à une source de nourriture. Il pourrait aussi faciliter la sédentarisation des requins sur les zones où il est pratiqué, cette sédentarisation pourrait favoriser la consanguinité. Les mêmes requins se reproduiraient toujours ensemble. 

De plus lorsque tous ces requins se rassemblent au même endroit pour se nourrir la concurrence intra et interspécifiques augmentent, le risque de morsure envers l’homme augmente donc aussi. Cependant des études assez récentes en Polynésie française de photo identification ont démontré que le feeding impactait qu’environ 20% des requins et que les 80% de requins restant étaient tous observés moins de 5 fois en 5 ans sur les sites de plongée. De plus la même étude a montré que parmi ces 20%, les 10 requins les plus présents du site de plongée ne sont jamais restés une année entière sur le site de plongée durant toute la période de l’étude. Même si pour l’instant peu de requins sont impactés, nous avons quand même observé lors des études que les requins avaient tendance à rester de plus en plus longtemps sur les sites de feeding. 

Troisièmement le feeding pourrait avoir un impact sur la biodiversité locale, en nourrissant les requins, ceux-ci pourraient ne plus chasser certaines espèces locales et donc perturber la chaîne alimentaire. 

Qu'en pense les professionnels ?

Lors de notre enquête, nous avons demandé à des professionnels ce qu’ils en pensaient. Parmi eux vous retrouverez des scientifiques et des feeders et nous vous donnerons ensuite l’avis de chaque membre de l’équipe de LePeauBleu sur la question du nourrissage.

Alessandro De Maddalena

Alessandro De Maddalena est l’un des experts majeurs des requins au monde. Il est chercheur, auteur, illustrateur, photographe naturaliste et leader d’expédition.

Êtes-vous pour ou contre le shark-feeding et pourquoi ?

Je suis contre le feeding, je n’aime pas cette pratique. L’océan n’est pas notre cirque, alimenter des animaux sauvages n’est jamais une bonne idée. Le but est de garder les requins sauvages, pas de les domestiquer, ils doivent continuer à chasser leurs proies et ne pas s’habituer à avoir de la nourriture par des interventions humaines. On peut toujours utiliser le cheum ou l’appatâge pour les attirer si on veut les observer, mais il est fondamental que les opérateurs et leur équipe travaillent comme il faut, c’est-à-dire en faisant tout leur possible pour que les requins ne mangent pas ou très peu d’appâts. Il faut aussi qu’ils utilisent toujours peu d’appâts et surtout des appâts contenant une quantité très faible de tissues musculaires et de gras pour ne pas trop nourrir le requin.

Serge Melesan (Pacific Blue Film)

Serge est un photographe talentueux habitué à plonger avec les requins autour du monde avec plus de 300 plongées avec eux à son actif. Notamment des plongées avec des feeders.

Requin renard commun pris en photo par Serge

Êtes-vous pour ou contre le shark-feeding et pourquoi ?

Au début j’étais contre, puis je me suis dit que le meilleur moyen d’en savoir plus sur cette pratique c’était de me faire ma propre idée et donc d’aller voir par moi-même. J’étais à Wallis, territoire Français et un jour je vois un grand banc de 25 requins pointes blanches morts, j’ai compris que parler écologie ne servait à rien auprès de certaines personnes mais que dès que l’on parler business, développement du tourisme, bénéfice, là les gens nous écoutaient et percutaient. 

À partir de là j’ai commencé mon road trip pour voir ce qui se faisait : feeding, protection, smelling ou rien. J’ai commencé par Fidji, arrivé là-bas on me dis que le requin est sacré et protégé car il est leur gagne-pain. Première plongée on tombe sur un bateau de pêche, illégale, puisque là-bas la zone est protégée. S’il n’y avait pas de feeding à Fidji ce serait le carnage car ils n’ont pas les moyens de se doter d’une flotte pour surveiller leur zone maritime. Ensuite si l’on prend Wallis, Nouméa ou la Polynésie, il n’y a qu’un seul bateau qui surveille la zone maritime pacifique. La zone est beaucoup trop vaste pour être surveillé avec si peu de moyens. À Malapascua, plongée sans feeding avec des requins renards, il y avait plus de 360 requins recensés, aujourd’hui il n’en reste que moins d’une trentaine. Mon guide m’a expliqué que ce qui a sauvé les derniers c’est l’arrivée de la plongée, car la zone a été déclaré protégée par le gouvernement. Ma conclusion est que les gouvernements ont un rôle majeur dans le développement des zones protégées. 

Il faut garder en tête qu’au delà de son rôle écologique le requin à une dimension économique, et c’est en général pour la question économique qu’ils sont le plus souvent protégés dans certaines zones. La plongée avec requin rapporte des millions, en plus de la plongée, il y a la restauration, les hôtels et j’en passe. On peut prendre pour exemple Guadalupe où 4 millions de dollars US viennent de la plongée avec le requin blanc chaque année. Après je fais pas l’apologie du feeding mais je cherche des solutions pour réduire la mort de plus de 100 millions de requins par an.

Eric Clua

Eric clua est un chercheur qui a mené des recherches sur beaucoup d’études que nous prenons pour source dans cet article, notamment en Polynésie Française.

Êtes-vous pour ou contre le shark-feeding et pourquoi ?

Je suis pour le feeding, mais pour le feeding expérimental car il permet d’étudier des requins inaccessibles d’une autre façon. Cependant je comprends que l’on puisse être contre le feeding, mais uniquement d’un point de vue idéologique, nous ne pouvons pas invoquer que le feeding nuit réellement aux requins car le feeding améliore la perception des requins par l’homme et rapporte de l’argent qui peut être investi dans la conservation et dans l’étude de ces animaux.

Johann Mourrier

Johann Mourrier est un chercheur spécialisé dans les requins et les raies qui s’intéresse à l’étude de l’écologie comportementale des requins. Comme E. Clua, il a mené et a participé à plusieurs recherches que nous prenons pour sources ici.

Êtes-vous pour ou contre le shark-feeding et pourquoi ?

Pour moi le shark-feeding peut être une activité durable et sans grand impact pour les requins et pour l’homme si elle est conduite correctement en respectant certaines règles.

En ce qui concerne l’impact sur le comportement et l’écologie des requins, peu d’études semblent montrer de fortes modifications de l’écologie des requins à long terme, même si elles n’ont peut-être pas été effectuées sur une période assez longue pour en rendre compte. Les requins ne semblent pas changer leurs migrations de reproduction et semblent continuer à se nourrir sur leurs proies naturelles, les quantités de nourritures apportées par le shark-feeding ne suffisant pas à les rassasier. 

En général, les effets sont sur le court terme. Les requins assimilent le shark-feeding à une source potentielle de nourriture et anticipent en arrivant plus tôt que l’heure de début de l’activité, mais dès que celle-ci se termine, ils vaguent à leurs activités naturelles et ne restent pas sur leur site. Cependant, une étude récente que nous avons menée sur les requins à pointes noires, de petits requins qui sont naturellement résidents des zones de feeding et utilisent un petit domaine vital, nous a montré qu’ils peuvent être plus fortement affectés, en modifiant leur utilisation de l’habitat. En bref, je pense que nous n’avons pas encore assez de recul pour tout comprendre sur les effets de cette activité et le mieux est encore de continuer à l’étudier afin d’adapter au mieux les pratiques et rendre cette activité touristique durable car cette activité peut être gérée durablement. 

Aux Fiji par exemple, un contrat moral a été passé entre les pêcheurs et les plongeurs. Sur le site touristique, les pêcheurs ne pèchent plus mais en contrepartie les opérateurs reversent une partie de leurs bénéfices au village voisin ; c’est donnant-donnant, tout le monde s’y retrouve. 

De plus, la plongée avec les requins attire beaucoup de monde et peut être un vecteur de messages positifs et de connaissances sur les requins permettant au public de prendre conscience que les requins ne sont pas des prédateurs sanguinaires comme on les dépeint souvent, et d’améliorer leur conservation. 

Il est nécessaire de suivre certaines recommandations pour limiter les effets négatifs sur les requins et sur l’homme. Tout d’abord, de préférence, ne pas nourrir à la main et plutôt opter pour une cage/boîte contenant des appâts de poisson disposés au fond. Ceci évite au requin d’assimiler la nourriture avec la main d’un plongeur et ainsi limite les risques de morsures sur le site même en dehors des heures de nourrissage. Ensuite plutôt appâter les requins au fond car il est plus facile de gérer les plongeurs et les requins sur un espace en 2 dimensions. Garder une distance de sécurité et un champ ouvert devant l’appât permettant au requin de pouvoir aller et venir sans se trouver oppresser ou acculer au milieu de plongeurs. 

Certains sites aux Fidji nourrissent avec une grande quantité de nourriture les requins pour qu’ils soient rassasiés et ça semble fonctionner. Cependant, afin d’éviter toute modification alimentaire, il est préférable de ne pas trop les nourrir pour ne pas que les requins ne deviennent dépendants de la nourriture artificielle. En Polynésie nous avons remarqué aussi que les requins avaient tendance à être plus agressifs en fin de période de reproduction et donc nous avons préconisé de réduire, voire suspendre, le shark-feeding pendant cette période.

Qu'est ce que les feeders en pensent ?

Logan Kanan

Logan est une feedeuse travaillant au Bahamas avec plusieurs espèces de requin, elle encadre et gère les plongées et les séances de feeding.

Logan Kanan prise en photo lors d'une séance de feeding par Serge Melesan

Êtes-vous pour ou contre le shark-feeding et pourquoi ?

Tant qu’il n’y aura pas un moyen d’exercer des plongées avec les requins avec le même niveau d’interaction que le feeding mais sans appâter, je resterai pour le feeding. Dire que cette pratique n’a pas d’impact négatif ne serait pas tout à fait exacte, mais je suis convaincu que les aspects positifs l’emportent de loin sur les aspects négatifs.

Par exemple, aux Bahamas, le pays où j’habite, nous avons commencé à protéger les requins après qu’une étude ait été présentée au gouvernement, selon laquelle la plongée avec les requins rapportait au pays 113 millions de dollars US grâce au tourisme chaque année. Les requins sont désormais appréciés, non seulement pour leur importance écologique, mais aussi pour leur beauté et leur capacité à générer du tourisme, qui est très nécessaire dans le monde entier.

Comment vous organisez-vous lorsque vous nourrissez, quel est votre protocole ?

Cela dépend de l’espèce avec laquelle nous travaillons. Des espèces différentes nécessitent des protocoles différents. Mais en général, il y a toujours une formation de placement pour les usagers. Au sein de cette formation, j’ai des plongeurs de sécurité qui sont là pour s’assurer que toutes les règles sont respectées et offrir toute l’assistance nécessaire. Les plongeurs reçoivent des instructions détaillées sur la manière de se comporter pendant les plongées et sur le matériel qu’ils doivent utiliser. Bien que cela ait fait l’objet d’un débat, je crois fermement qu’il faut atténuer le contraste des couleurs autour des requins. Les plongeurs doivent porter des combinaisons complètes, des gants, des cagoules, et éviter de porter des couleurs vives (blanc/jaune/rose/orange, etc.).

Les plongeurs doivent suivre un ensemble de règles strictes pendant la plongée, afin d’assurer leur sécurité et celle des requins. Les plongeurs ne sont pas autorisés  à essayer de toucher les requins. Si un requin entre dans l’espace personnel d’un plongeur, il existe plusieurs façons de lui demander de sortir. Tout d’abord, le langage corporel, le simple fait de garder un contact visuel et la poitrine tournée vers le requin suffisent presque toujours à dissuader tout intérêt. Deuxièmement, le PVC ou la caméra, si un requin est plus proche d’un plongeur qu’il ne le souhaite, je lui donne un bâton en PVC à planter dans le sol devant le requin qui s’approche. Le requin se tournera simplement d’une manière ou d’une autre pour s’éloigner du bâton. Les plongeurs équipés de grosses caméras sont également informés sur la manière d’utiliser la caméra comme barrière. Tant que les plongeurs et le personnel respectent toutes les règles, la plongée avec le requin appâté est une expérience sûre et passionnante. 

J’ai des plongeurs qui travaillent toute l’année juste pour pouvoir revenir voir les requins. Je ne peux pas compter le nombre de fois où les gens sont revenus de la plongée et m’ont dit que cela avait changé leur vie. Les requins sont loin d’être les monstres que l’humanité croit qu’ils sont. Ce sont des animaux curieux, magnifiques et étonnamment beaux qui méritent notre amour et notre protection et je crois que c’est exactement ce que représente la plongée avec les requins. 

Comme l’a dit Cousteau, “les gens protègent ce qu’ils aiment” et il n’y a pas de meilleur moyen de trouver son amour pour les requins que de les voir de ses propres yeux. Les requins devraient toujours être appréciés en compagnie d’opérateurs et de professionnels agréés. Si vous n’avez pas encore trouvé votre amour pour les requins, j’espère que ces informations sur le feeding vous aideront à faire le grand saut.

Qu'est-ce que notre équipe en penses ?

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Chaque membre de notre équipe va maintenant vous donner son avis personnel sur la question, il faut savoir que notre équipe donne une attention particulière à l’image des requins et au rapport de celle-ci avec leur protection.

Matteo Maurel

Je pense que le shark-feeding est trop omniprésent, il est utilisé trop souvent alors que la situation ne l’exige pas. Cette pratique n’est clairement pas assez surveillée, en revanche la supprimer totalement serais impossible car exercer le feeding dans certaines zones permet de les protéger et c’est donc bénéfique pour l’image des requins à long terme. Il faudrait par contre réguler en fonction du cycle naturel des animaux et baisser drastiquement la quantité d’appâts donnés pendant le nourrissage, il faudrait en plus faire une sorte de feeding plus “naturel” en cachant les appâts toujours en limitant la quantité. Il faut garder en tête que si nous supprimions le feeding, nous verrions apparaître du feeding illégal comme pour la pêche. Je suis donc plutôt pour.

Paul Abaut

Je suis mitigé par rapport au shark feeding. Cette pratique montre une facette assez éloignée de la réalité, le requin est un animal bien plus complexe que ce que nous pouvons croire, ils ont tous des personnalités variant d’un individu à l’autre, cependant le feeding permet quand même de mieux les protéger. Certains pays créent toute une économie autour de cette activité et amènent donc à une meilleure protection. Je suis donc d’un avis assez mitigé par rapport à la question du shark feeding, il faudrait mieux encadrer cette activité car elle semble quand même essentielle à leur protection.

Melvin Cornevin

Je suis plutôt pour, parce que certes il n’est pas naturel de nourrir les requins, il va forcément y avoir des conséquences à long terme et ils n’ont pas à être traité comme des animaux de compagnie, sous l’eau nous ne sommes pas chez nous, donc nous devons rester humbles et respectueux. Cependant je préfère voir des requins êtres nourris plutôt que massacrés. Les personnes qui peuvent réellement mettre en place une protection efficace des requins le font que s’ils en tirent bénéfice, je pense donc que le feeding est un des meilleurs outils que nous disposons pour l’instant pour agir directement sur la protection des requins. Parce que laisser les requins “tranquille” et les laisser vivre en paix n’est plus possible, si nous le faisons, ils seront tellement péchés que dans 20 ans il n’y en aura plus. Je pense que le mieux serait de mettre en place un feeding “intelligent” avec des règles strictes et des lois ainsi que des personnes pour vérifier qu’elles sont bien appliquées pour encadrer cette pratique qui s’appuie sur les recommandations des scientifiques, comme une année de pause sur deux et une pause lors de la reproduction. Dans le cas de l’accident qui nous a poussé à faire cet article, le feeding est interdit par la loi en Polynésie Française, l’activité n’avait donc pas été encadré comme il le faut.

Nous espérons que cet article vous aura plu, notre but n’est pas de vous dire que le feeding est bien ou mal, ou de vous pousser à prendre un quelconque partit, mais simplement de vous exposer tous les éléments pour que vous puissiez comprendre pourquoi cette pratique amène à des débats et des désaccords et pour que vous vous fassiez votre propre avis. 

Êtes-vous pour ? Êtes-vous contre ? Dites nous tout ça sur les réseaux ou dans les commentaires, ça nous intéresse. Pensez à utiliser le “#lepeaubleu”.

Nos sources

Bègue Michel (2017), “photo-identification et évaluation de la fidélité du requin tigre (Galeocerdo cuvier) à un site de nourrissage artificiel à Tahiti (Polynésie française)”, Biodiversité et Ecologie. Mémoire EPHE.
 
Clua E., and Torrente F. (2015) Determining the Role of Hand Feeding Practices in Accidental Shark Bites on Scuba Divers. J Forensic Sci Criminol 3(5): 502-504
 
Clua E, Buray N, Legendre P, Mourier J, Planes S (2010) Behavioural response of sicklefin lemon sharks Negaprion acutidents to underwater feeding for ecotourism purposes. Mar Ecol Prog Ser 414:257-266.
 
Gallagher, A. J., Vianna, G. M, Papastamatiou, Y. P, Macdonald, C., Guttridge, T. L., & Hammerschlag, N. (2015), Biological effects, conservation potential, and research priorities of shark diving tourism Biological Conservation, 184, 365-379.
 
Clua E, Buray, N et al. (2011) Business partner or simple catch ? The economic value of the sicklefin lemon shark in French Polynesia. Marine and Freshwater Research. 62 : 764-770
 
Torrente F. et E. Clua (2016). Approche culturelle de l’écotourisme animalier en Polynésie française. CRIOBE, RA240 65 pp.
 
Mourier, J., Clua, E., Buray, N., et al. (2013) Genealogic tree of Lemon shark population reveals a weak resilience pattern. PriosOne.

Melvin Cornevin

Lycéen de 17 ans passionné des requins et autodidacte.

La publication a un commentaire

  1. Hélène

    Bonjour Melvin,

    Bien entendu, l’article est documenté et porte à réfléchir en offrant une vision large de cette pratique. Pourtant il y manque cruellement l’avis des associations qui luttent pour la protection de l’environnement. Cela donne un côté orienté à cet article qui se veut être une analyse objective du shark feeding.

    Pour ma part, j’ai définitivement du mal avec cette pratique à l’exception de l’utilisation dans des buts d’études réellement scientifiques des comportements de ces grands prédateurs.

    Mais honnêtement, voir une palanquée de 10-15 plongeurs en cercle regarder tourner des requins en attente de leur nourriture rapportée par un humain… pour faire le joli cliché avec la Go pro qui épatera les potes sur les réseaux sociaux (je caricature peut-être un peu), non je n’accroche pas.

    Et que dire de la philosophie de la plongée qui est très orientée sur le fait réduire au maximum notre impact sur l’environnement. Évidemment, certains diront que ce ne sont pas ces quelques requins nourris qui feront la différence. Oui, mais, où nous arrêtons-nous ? Où plaçons-nous la limite ?

    Je suis très mauvais public pour ce type de pratique, je dois bien le reconnaître.
    Mais il est vrai que je ne visite pas les zoos ni les aquariums pour des raisons très proches finalement.

    Merci cependant de m’avoir permis de me dire que, non ma vision du shark feeding ne change pas.

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